Symposium de la SSPsa 2026

« Le désastre environnemental, un défi pour l’humain »

La Société Suisse de Psychanalyse vous invite à un symposium interdisciplinaire consacré à la crise environnementale et à ses résonances psychiques, sociales et culturelles.

Psychanalystes et spécialistes de l’environnement croiseront leurs regards pour explorer ces questions essentielles et ouvrir de nouvelles perspectives.

 

Intervenantes et intervenants:

Prof Alain Papaux: Faculté de droit, des sciences criminelles et d'administration publique Unil

Prof Jean-Baptiste Fressoz: CRH, EHESS, Paris

Prof Isée Bernateau: Paris Cité, psychanalyste APF

Dr Luc Magnenat: Psychanalyste SSPsa + Lauréat du « Prix Climat 2023 » de l’IPA

 

Argument

La crise environnementale constitue le contexte historique planétaire radicalement nouveau du  XXIème siècle. Elle bouleverse et dérègle le climat, la dynamique des écosystèmes de la  biosphère, et elle appauvrit drastiquement la biodiversité. Elle touche au plus profond de notre  vie émotionnelle et de nos organisations sociales. 

Les sciences de l’environnement nous apprennent que nous entrons dans une nouvelle ère  géologique, l’Anthropocène. L’humanité est devenue un « objet-monde », et avec elle les  techniques faites de sa main, qui déterminent son mode d’être au monde, son mode d’habiter  le système Terre dans sa globalité. Désormais, la surpuissance de la Technique humaine inscrit  sa signature sur toute l’étendue de la biosphère, elle sculpte la face de la Terre, voire elle  enveloppe la planète de ses satellites. Par conséquent, la Technique, plus que la biosphère,  paraît devenir notre bulle (numérique, par exemple), notre milieu, et ses déchets infiltrent  chaque goutte de pluie, chaque cellule de notre corps. 

Désormais, « la nature c’est nous », pourrait dire une humanité post-moderne arrogante. Pour  son malheur, car en contrepartie, ce que nous appelons la Nature répond bio-géo-physiquement  aux actions de l’humanité : la crise environnementale est en voie de passer irrémédiablement  des points de bascule climatiques et de s’emballer au-delà de toutes possibilités de maîtrise  humaine. Avec la crise environnementale, la surpuissance de la nature est de retour, telle Alien  dans le vaisseau spatial imaginé par Ridley Scott.  1La crise environnementale interroge donc la nature humaine à la manière d’une Sphynge  contemporaine : « Qui es-tu, modeste créature à jamais inachevée, toi qui ne peux trouver ta  place dans les écosystèmes de la biosphère qu’en recourant à une prothèse technique ? »,  semble-t-elle nous demander avec de plus en plus d’insistance. Si l’être humain est dirigé par  son Inconscient, comme le découvre un siècle de psychanalyse, la Technique qui prolonge son  corps serait-elle, elle aussi, dirigée par cet Inconscient ? 

Pour ouvrir une discussion sur ce sujet, la Société Suisse de Psychanalyse organise un colloque  interdisciplinaire qui fera dialoguer deux psychanalystes, Isée Bernateau, de l’Association  Psychanalytique de France, et Luc Magnenat, de la Société Suisse de Psychanalyse, et deux  éminents écologues : Jean-Baptiste Fressoz, auteur de Sans transition. Une nouvelle histoire de  l’énergie (Seuil), et Alain Papaux, auteur d’HOMO FABER. Pourquoi nous ne ferons rien pour  l’environnement (Presses Universitaires de France). Ce colloque est ouvert à toute personne  intéressée par le sujet.  Freud a comparé l’être humain à un « dieu prothétique », rappelle le livre d’Alain Papaux,  professeur à la Faculté des Sciences de l’Environnement de l’Université de Lausanne.

Aujourd’hui, cette prothèse devenue démesurée épuise les ressources de la planète. Elle écrase  la biosphère en l’artificialisant. Notre aptitude technique, devenue surpuissante et impensable,  détruit le vivant dont nous sommes parties et qui est la source de notre vie. Telle est, pourrions-  nous penser, notre tragédie humaine contemporaine, la tragédie de n’être qu’un « animal  technique », comme le formule Alain Papaux : l’être humain n’est pas « naturellement » inséré  dans la vie écosystémique de la biosphère ; il n’a pas de « niche » écologique propre. Ce n’est  que par son aptitude technique qu’il peut « faire monde ». La Technique nous permet de trouver  une place dans la biosphère dans le mouvement même où sa surpuissance contemporaine  détruit cette biosphère.

Jean-Baptiste Fressoz est un historien des sciences, des techniques et de l’environnement. Il  montre l’étrangeté fondamentale de la notion de « transition énergétique ». L’historiologie  reconstruite par Fressoz explique comment matières et énergies sont étroitement reliées entre  elles, croissent ensemble et s’accumulent symbiotiquement les unes avec les autres. Il n’y a  donc jamais eu de « transitions » énergétiques, il n’y a que des « additions » énergétiques, nous  enseigne l’Histoire relue par Fressoz. La notion de « transition énergétique » apparaît donc  comme une illusion qui interroge notre besoin humain de croyances et d’espoir. Le livre de  Fressoz pose implicitement une question fondamentale : comment faire pour croire ce que nous  savons de la réalité de la crise environnementale ?

Faute d’avoir appris à « penser comme une montagne », c’est-à-dire comme un écosystème,  comme le proposait Aldo Leopold, le père de l’éthique environnementale, faute d’avoir écouté  les sciences de l’environnement, il est possible que nous soyons désormais contraints  « d’apprendre du désastre environnemental ». De développer ce que la psychanalyse nomme  « des fronts de la survivance psychique ». D’inventer de nouvelles cultures immergées dans la  nature plutôt qu’arrachées à elle par une Technique dé-naturante, comme l’évoque Papaux. À  la manière des peuples premiers peut-être, animistes et totémistes, qui ont su jardiner le monde  plutôt que l’exploiter sans merci. Ces peuples ont su s’adapter à des conditions climatiques et  politiques extrêmes, et ils pourraient être, un jour, les modèles des « peuples derniers ».

Luc Magnenat